Accueil
 

Les fondations les plus anciennes des Tanneurs de Namur sont encore visibles dans la salle « KURBALI ». Elles sont bien antérieures aux maisons actuelles, construites de 1670 à 1716.
Selon Théophile le Païen (1314-1377), les anciennes constructions étaient des corps de garde adossés à une fortification reliant la Meuse au Houyoux (actuellement enfermé par une voûte sous la rue des Tanneries).

Vers les années 1650, ces maisons furent incendiées et la légende précise que le feu fut bouté par trois religieuses du couvent des Célestines… soucieuses de mettre fin au commerce bien peu catholique de ces maisons qui… en temps de paix… devinrent des maisons de débauche.

Les téméraires Célestines n’avaient pas prévu que cet incendie moralisateur ferait d’insupportables dégâts. En effet, toutes les maisons de Namur ( en bois dans leur structure supérieure) prirent feu et cet incendie gigantesque est encore commémoré par les sept feux du carême.

  Les dames de petite vertu ne désarmèrent pas et ce déplacèrent vers la rue St-Nicolas où elles déambulèrent jusqu’en 1990.

Le jardinier des sœurs Célestines – son nom est inconnu – racheta les ruines, peu après l’incendie, et creusa, dans la partie centrale de l’Espièglerie, six fosses à tanin qu’il garnit de margelles en pierre. Ces fosses à tanin se situaient sous l’actuel bar de l’Espièglerie et sous la cuisine centrale. Huit fosses à tanin furent également creusées sous le hall et la taverne des « Tanneurs de Namur ».

Ces fosses furent démolies en 1986 et les margelles ont été réutilisées pour créer des marches d’escalier dans le caveau « KURBALI » ou des seuils de fenêtres dans la salle « Leanza ».

Les fosses à tanin étaient initialement à ciel ouvert mais elles dégageaient une telle puanteur, que les souteneurs de la rue St-Nicolas virent leur affaires péricliter, en proportion inverse de l’expansion glorieuse mais nauséabonde des tanneries. Un bien pénible conflit de voisinage opposa les deux clans.

La guerre des tanneries fût toutefois d’assez courte durée, car Ferdinand, dit le « Galant », fils du jardinier des Célestines, s’éprit d’une fille de la rue St-Nicolas, Rosalie de Boneffe, qui se vantait d’avoir été honorée par Malborough, la veille de la bataille de Ramillies !

Grâce à Rosalie, souteneurs et tanneurs firent un compromis et s’entraidèrent pour couvrir les fosses à tanin par les jolies maisons du Quartier des Tanneurs. Les odeurs des tanneries demeurèrent dans les murs, et la rue St-Nicolas prospèra à l’ombre de l’Eglise Notre-Dame.

Les tanneries de Ferdinand le Galant acquirent rapidement une renommée internationale. C’est lui, en effet qui tannait des peaux de veau si fines et si solides qu’elles équipèrent bien vite les plus rapides voiliers.

L’apogée des tanneries fût atteinte le 20 mai de l’an de grâce 1682, jour de la St-Bernadin. Vauban, voyageant incognito, arrêta sa voiture sur les herbages de la place l’Ilon. La rue de Tanneries était trop étroite pour permettre le passage de l’attelage et il s’engagea donc, à pied dans la ruelle. Il devait y acheter des peaux de qualité afin de garnir la tente royale où le Roi Soleil devait établir son état major au cours du siège de Namur.

Les peaux de Ferdinand le Galant étaient imperméabilisées selon un procédé ignoré et la saison était tellement pluvieuse que le Roi Soleil, en ce début d’été, redoutait davantage la pluie que le soleil.

Devançant les idées de la modernité, Ferdinand le Galant était républicain et n’appréciait guère le Roi des Français. Supputant son honorable client d’appartenir à l’autre camp… il le trompa sciemment en livrant des peaux sans grande valeur et… non imperméabilisées.

Il se fit payer en Gulden, faisant l’affront de refuser les Louis et… personne ne pût dire si – comme il s’en est vanté – c’est lui qui poussa le cocher dans le Houyoux puant, lors du passage sur la passerelle de bois qui donnait accès aux tanneries.

Les peaux tannées tombèrent dans l’eau et furent mal lavées par les soldats français dans les eaux de la Sambre à hauteur du gué de Floreffe.

Racine, correspondant de guerre, notera à la date du 27 mai 1682 :

« Notre Roy Louis sortit du cabanon »

« Maugré (sic) la pluie et le tir du canon »

« Préférant l’odeur de la poudre »

« A la senteur de sa royale… » (illisible).

L’histoire de la chute dans le Houyoux fit grand bruit à Namur et Ferdinand le Galant devint plus célèbre sous le nom de Ferdinand l’Espiègle.

Au XXe siècle, un nouvel espiègle… très peu galant… supprima 6 bordels. L’histoire ne précise pas encore s’il peut ou veut fermer les deux dernières maisons closes qui, dans la rue St-Nicolas, évoquent un passé souvent bien misérable.

Comme au temps des Sœurs Célestines, les chauds partisans de ce triste folklore bordélique ont bouté le feu en 1987 en 1991 et en 1993, mais l’intervention rapide et efficace des pompiers namurois a permis d’éviter la grande récidive de l’année 1650. Le parquet de Namur ne s’est jamais préoccupé de ces incendies criminels qui portèrent gravement préjudice à l’espiègle républicain.

Les Tanneurs de Namur (rénovation de 1980 à 1991), sont à la gloire de la Wallonie, mais aussi et surtout de ces vrais artistes du 17e siècle et du 20e siècle. Les compagnons re-bâtisseurs du 20e siècle furent des artistes exceptionnels.

Ceux ci méritent d’être les citoyens d’honneur de cette ville de Namur à laquelle ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes , suscitant la jalousie, le mépris ou la colère des uns, mais donnant bonheur et satisfaction aux autres. Un jour, peut être, l’administration fera une paix chaleureuse avec son marginal espiègle, auquel, jusqu’à ce jour, elle refuse une adéquate signalisation pénalisant dès lors les visiteurs du chaleureux pays Wallon.

Il suffisait de peu de chose pour que les « Tanneurs de Namur » ne ressuscite pas… Il suffisait que les gardiens de la loi l’emportent sur les amoureux de la Wallonie et de ses admirables vieilles pierres. La rénovation non subsidiée des Tanneurs de Namur… ce fût la « galère ».

English
Nederlands
Tel : 0032 81 24 00 24
Aide technique